C’est une question que l’on me pose étonnamment souvent concernant mon activité, que ce soit en expo, en salon ou par mail : mais, est-ce que vous en vivez ? Et alors que de mon côté, je me demande ce qui pousse mes interlocuteurs à me questionner de cette manière, j’y ai longuement réfléchi pour finalement lever le voile obscure qui semble peser sur mon activité : comment vit-on de l’enluminure ?

Le métier d’enlumineur n’est pas banal, surtout à notre époque. A l’ère du tout numérique, il peut paraître incongru de passer du temps derrière un bureau à peindre à l’aide de techniques médiévales. Et alors que pour beaucoup, l’enluminure est une passion, pour d’autres, comme pour moi, il s’agit bien d’un vrai métier. Mais qui dit métier, dit revenu.
Alors est-il possible de vivre de cet art millénaire ? Comment générer des revenus ? C’est ce que je vous explique aujourd’hui à travers mon expérience personnelle.
L’artisanat
Le premier pendant de l’activité d’enlumineur est d’ordre artisanal et consiste basiquement à créer des enluminures et à les vendre.
Dit comme ça, cela paraît simple, mais il y a pourtant plusieurs variables de taille à considérer pour établir des tarifs :
Les matériaux
Que ce soient le parchemin, la feuille d’or ou certains pigments, la rareté de ces matériaux les rend précieux et donc, coûteux.
On peut bien évidemment prendre le parti d’utiliser des substituts, mais tout dépend du contexte de réalisation : une création personnelle peut laisser place à de la flexibilité, mais une commande un peu moins.
Le temps
Je ne vous apprends certainement rien, mais peindre prend du temps.
Or, en enluminure, on ne fait pas que peindre. On calligraphie parfois, et le plus souvent, on pose également de l’or.
Que ce soit pour la pose de l’or, des pigments ou de la calligraphie, ce sont des techniques qui prennent du temps et qui ne permettent quasiment aucun raccourci.
Mon expérience
Le public a souvent été surpris des prix que je proposais pour mes créations qu’il trouvait élevé. En effet, comment un petit motif de seulement 7 cm de diamètre peut-il coûter plus de 40€??
Entendre ce genre de commentaire m’a souvent fait remettre en question les prix que je fixais pour mes créations afin de les revoir à la baisse. Seulement, ce “petit motif” m’a demandé plus de 4 heures de travail, sans compter sur le prix de la feuille d’or que j’ai utilisé pour le réaliser.
En résumé
Les revenus d’un artisan enlumineur dépendent donc de ses ventes d’enluminures. Le principal défi résidant dans le temps qui lui est imparti pour travailler et dans le coût des matériaux qu’il utilise, et qui influent tous deux sur ses prix.
Mais le plus grand défi, au-delà de la réalisation, consiste enfin à trouver sa clientèle, car l’enluminure reste un art qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. C’est une réalité qu’il faut savoir accepter, à la fois pour l’acheteur, mais également pour l’artisan.
L’enseignement
Le second pendant de l’activité d’enlumineur est de l’ordre de la transmission et consiste basiquement à donner des cours.
Dit comme ça, cela paraît simple, mais il y a pourtant plusieurs variables de taille à considérer pour établir des tarifs :
Le nombre de personnes
Un cours d’enluminure n’aura pas la même dynamique selon qu’il est individuel ou collectif. Il ne demandera pas non plus le même type de préparation. Mais surtout, la quantité de matériel mise en jeu ne sera pas la même.
Car oui, très souvent, le matériel est mis à disposition des élèves dans les ateliers que je propose. Il s’agit donc de pigments, de pinceaux, de plumes calligraphiques, d’encre, de feuille d’or, de papier ou de parchemin. Tout cela doit être renouvelé régulièrement ou entretenu. Et tout cela a un coût.
Le temps de préparation
De même, le temps de préparation d’un cours n’est pas le même selon le nombre de personnes qui y participe ou selon sa durée.
Car oui, un cours d’enluminure, ça se prépare, et pas qu’un peu. Il s’agit de trouver des idées d’activité et de créer cette activité de toute pièce : déterminer le motif à exécuter, déterminer les couleurs à utiliser, dessiner un modèle puis le peindre, préparer les modèles pour les élèves, préparer les palettes de couleurs…
Même si pour certaines étapes, une photocopieuse peut entrer en ligne de compte, les recherches, la réalisation des modèles originaux et la préparation des palettes demandent, selon le motif, entre 5 et 15 heures de travail. Alors certes, cela se passe en coulisses, mais cela n’en reste pas moins du travail.
Le temps d’intervention
Enfin, dernière variable à prendre en compte : le temps du cours, qui peut varier en fonction de l’activité proposée.
Une initiation ne durera qu’une heure ou deux, alors qu’un stage complet peut s’étaler sur 5 jours, à raison de 3h par jour.
En résumé
Les revenus d’un enseignant enlumineur dépendent donc du prix des cours qu’il donne. Ceux-ci sont définis par le nombre de personnes qu’il aura en face de lui et du matériel mis en jeu. Mais également du temps qu’il aura passé à préparer son cours ainsi que du temps que durera le cours en lui-même.
Conclusion
Même si l’enluminure est pour certains une passion, c’est une activité qui n’en reste pas moins un vrai métier. Je ne dis pas que c’est un métier facile ou accessible. Loin de là, car il se situe dans une niche (art) de niche (médiéval) de niche (peinture).
Néanmoins, il est possible d’en vivre de différentes manières, et les revenus d’un enlumineur dépendent de nombreuses variables inhérentes aux différentes activités que sont par exemple : la pratique artisanale pure, l’enseignement, ou un mélange des deux.
Les plus grands spécialistes peuvent également écrire des livres, donner des conférences… mais je n’en suis pas encore là ! Je vous en reparlerai quand cela m’arrivera 🙂
J’espère en tout cas que cet article vous aura plu ! Il est un peu différent de ceux que j’écris d’habitude, j’en conviens, mais c’était de toute manière une question que je voulais aborder depuis un moment.
Dites-moi donc si vous vous doutiez du travail de préparation que demandait un simple cours, ou de ce qui se cachait derrière le prix élevé des créations artisanales.
Sur ce, je vous dis à très bientôt !
Quel tracas pour fixer les prix de mes enluminures, c’est un vrai casse-tête!
On me fait régulièrement le reproche de déprécier ce que je fais en vendant trop bon marché.
Mais, justement, en tant que simple « mateur averti », je ne cherche pas à faire des affaires quoique toute rentrée en retour m’aide à compenser- très partiellement- mes frais… outre que ça fait du bien au moral.
En fait, je donne plus que je vends, dans l’espoir que ma passion participe au mieux à la transmission de l’héritage précieux légué pat nos ancêtres.
Bien entendu, dans ton cas, c’est ton gagne-pain et il faut vendre au juste prix… mais suffisamment attractif pour que la vente ait une chance d’aboutir.
Et il en est de même dans le cas des ateliers à animer.
Oui, c’est tout le dilemme en effet !
Au départ, on me reprochait de déprécier mon travail, mais quand je fixe un prix plus juste pour moi, les gens trouvent que c’est trop cher.
L’expérience m’a montré que c’est une question d’adaptation à son public et à sa clientèle. Je ne proposerai pas la même chose si j’expose dans un petit salon de village (aussi qualitatif soit-il), ou si je suis dans une plus grosse ville/structure.