Mercredi, c’est manuscrit !
Cette semaine, je continue la série de manuscrits mérovingiens pour rester dans le thème de mes articles de fond ainsi que de mon défi. Je vous présente une nouvelle page des Queastiones et locutiones in Heptateuchum, consevés à la BNF sous la cote latin 12168.
Description
Il s’agit d’un codex en parchemin relié de 165 folios.
Il a une taille de 305×220 mm.
Rédigé en latin, il date du VIIIe siècle (750-770)
On y retrouve des capitales monumentales richement décorées, des capitales colorées et stylisées ainsi que de la minuscule mérovingienne.
Photos




Pour rappel
Pour rappel, les caractéristiques de l’enluminure mérovingienne sont les suivantes :
- Une représentation abondante d’animaux
- Un dessin naïf très peu représentatif de la réalité.
- Les corps sont disproportionnés (hommes et animaux), allongés et en entrelacs
- Les yeux sont dessinés en amandes ou en gouttes d’eau sans paupière et avec simplement une pupille
- Les oreilles sont simples ou en « chou-fleur »
- La bouche est simple
- L’utilisation de lettres zoomorphes est très répandue (ichtyomorphe et ornithomorphe/aviforme)
- Les formes sont compartimentées, faisant écho aux bijoux et autres ornements damasquinés de l’époque.
Pou plus de détails, consultez l’article consacré au style graphique mérovingien
Mon avis
Voici donc le folio de droite se trouvant en vis-à-vis de celui que je vous ai présenté la semaine dernière.
Encore une fois, on a un très bel exemple de ce qu’était l’enluminure mérovingienne avec ce style animalier très marqué. Cependant, on peut voir des influences graphiques qui ressemblent à ce qui se fait en enluminure insulaire, à savoir : des entrelacs et du grènetis.
Ceci dit, cela n’est pas étonnant, car l’enluminure insulaire est, elle aussi, héritière de l’art animalier germanique. Le tout est de savoir dans quel sens s’est fait l’influence : les motifs de ce folio ont-ils été inspirés par l’enluminure insulaire, ou inversement ?
Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une page d’incipit, c’est à dire, d’une page d’introduction. Les lettres suivent une hiérarchie, les premières étant plus imposantes que celles qui les suivent. Ce qui est intéressant de noter, c’est le nombre de « niveaux » de cette hiérarchie, et les différents types de lettres capitales qui sont représentées.
Le trait reste naïf et brouillon, mais les détails sont toujours au rendez-vous !
La palette de couleurs est la même que sur le folio précédent : du jaune orpiment pour signifier la lumière, du orange minium, du vert certainement de cuivre et un brun violacé qui pourrait être du folium.
Les couleurs sont posées en aplats, un peu délavées à moins que ce ne soit l’usure du manuscrit qui ait estompé les teintes.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Donnez-moi vos avis et ressentis en commentaire !