Un an pour réaliser un manuscrit de toute pièce, de la première idée à la reliure. La semaine dernière, je vous expliquais mon choix d’inclure une carte dans mon manuscrit, et la manière dont je m’y suis prise. Aujourd’hui, je vous parle de l’étape suivante : celle de mon premier chapitre, consacré aux Terres Tankenes.

Pour rappel, mon manuscrit a pour thème un monde que j’ai imaginé. J’ai en effet décidé d’utiliser pour sa réalisation un roman de Fantasy que j’écris.
Mon cahier des charges est le suivant : choisir un ou deux styles de l’enluminure occidentale, calligraphier un texte court dans l’écriture du.des style.s choisi.s, inclure au moins quatre pleines pages.
Le but de mon manuscrit est donc de présenter les divinités que j’ai inventées pour mon histoire, avec leurs spécificités propres, comme on l’aurait fait au Moyen-Âge.
En théorie
L’idée était de représenter les dieux créateurs des cinq civilisations de mon histoire. La première civilisation concernée est celle des Tankens.
Au sein de cette civilisation, trois peuples différents ont les mêmes croyances, vénèrent le même dieu, mais n’ont pas les mêmes pratiques ni exactement la même langue. Un peu comme les Français, les Allemands et les Italiens peuvent être chrétiens. Ou un peu comme les chrétiens peuvent être catholique, protestants ou orthodoxes. Vous voyez l’idée.
Quoi qu’il en soit, les Tankens considèrent leur dieu créateur comme étant une même entité, mais ayant trois visages différents ; un pour chacun des peuples/courants religieux qui lui sont liés. Un peu comme si l’un était Zeus, l’autre Jupiter et le dernier Thor. Un dieu de la foudre, trois visages.
Car oui, le dieu des Tankens est celui de la foudre, ou plutôt du vent.
Le but était donc de représenter ce dieu à trois visages, lié au vent, dans un style que je voulais plutôt nordique.
En pratique
étape 1 : choisir le style
En pratique, je voulais trouver un lien logique entre la manière dont j’avais créée le dieu à trois visages et le style d’enluminure que j’allais lui associer. Etant donné que je me suis inspirée des peuples nordiques pour créer les Tankens, j’ai voulu utiliser une enluminure du nord de l’Europe. Il fallait qu’elle ait un lien avec l’enluminure carolingienne.
J’ai donc choisi l’enluminure anglo-saxonne.
étape 2 : la mise en page
Une fois le style arrêté, j’ai commencé à chercher des références dans les manuscrits anglo-saxons que je connaissais pour trouver mon inspiration et ma mise en page.
En observant les manuscrits, j’ai alors remarqué que la plupart des pleines pages étaient réalisées par deux, soit une double page en vis-à-vis. Dans ce cas, un portrait est généralement représenté sur la page de gauche, tandis que la page de droite est une page d’introduction.
C’est là qu’est née une nouvelle idée qui deviendrait ma plus grosse contrainte : mes pleines pages seraient doubles et suivraient ce schéma. A gauche, un portrait. A droite, une lettrine avec le début de mon texte, ou une phrase spécifique.
Cela m’a donné à réfléchir.
Comme à l’époque carolingienne, je voulais représenter le dieu tanken en majesté. C’est-à-dire, assis sur un trône et entouré d’un nimbe ou d’une mandorle (un motif en forme d’amande). La question de la page de gauche a donc été rapidement réglée.
Mais que mettre à droite ? Car mon texte était assez court. Après réflexion, j’ai décidé que la page de droite serait consacrée à une prière ou un mantra. Le dieu tanken étant lié au vent, j’ai inventé un mantra lui étant lié : “ le souffle de vie est avec toi.” que j’ai traduit dans une langue inventée en “Bredh or lif es met du.”
Maintenant, pour respecter les caractéristiques anglo-saxonnes, il me fallait des encadrements à double baguettes, avec des motifs floraux luxuriants et débordants, des personnages, une lettrine et des lettres capitales.
étape 3 : les références
Pour les personnages, je me suis tournée vers un manuscrit que j’adore, le Bénédictionnaire d’Æthelwold, (conservé à la British Library sous la cote BL Add MS 49598).

Concernant le reste des décors, je me suis tournée vers le Psautier de Bury St. Edmunds, conservé à la bibliothèque du Vatican sous la cote reg.lat.12.

Pour la calligraphie, je me suis tournée vers les évangiles de Grimbald, conservés à la British Library sous la cote add ms 38890.

étape 4 : la palette de couleurs
La palette de couleurs m’a presque posé problème.
Je dis presque, parce que pour la plupart des décors, j’ai conservé ce que proposent le Psautier de Bury St. Edmunds et le Bénédictionnaire d’Æthelwold.
Ce qui m’a posé problème, c’est ce qui se passe du côté de la calligraphie. Car pour respecter la hiérarchisation du texte typique de l’époque carolingienne, certaines lettres en tête de mon texte seraient amenées à être calligraphiées à l’or et aux pigments.
Or, pour coller à l’idée que je me fais du vent, il me fallait trouver un manuscrit qui me permette de calligraphier mon texte à l’argent et à l’azur, et pas à l’or et au pourpre. Pour l’azur, les évangiles de Grimbald m’ont sauvé la mise.
Pour l’argent, je savais qu’il était utilisé dans les encadrements autant que l’or, dans ce même manuscrit. Dans l’image ci-dessous, l’argent se trouve sous les parties noircies car il s’est oxydé. Je l’ai donc utilisé pour ma calligraphie également.

étape 5 : finalisation du projet
Après avoir étudié mes références, j’ai donc fait des croquis précis pour ma mise en page en travaillant chaque motif. Je suis restée très attachée à l’exactitude des modèles historiques, mais j’ai quand même rajouté quelques éléments de mon cru.

Après quelques essais couleurs, et de pose de métaux, voilà le résultat.



A retenir
Voilà donc ce qu’il faut retenir de ce premier chapitre.
Pour coller au peuple tanken que j’avais créé et qui est inspiré des peuples nordiques, je me suis inspirée de l’enluminure anglo-saxonne. J’ai donc utilisé :
- des encadrements à double baguettes
- des motifs floraux luxuriants et débordants
- une palette de couleurs vives
J’ai représenté mon dieu à trois visages en majesté sur ma page de gauche, et sur celle de droite, j’ai écrit une prière le concernant, que j’ai traduite dans la langue tankene.
Pour représenter l’élément du vent, dont ce dieu est le gardien, j’ai utilisé pour la calligraphie une palette bleue et argentée.
C’est tout pour aujourd’hui ! J’espère en tout cas que cette plongée dans mon processus créatif vous aura plu ! Si c’est le cas, likez cet article, partagez-le autour de vous et inscrivez-vous à la newsletter pour ne pas louper la suite de l’aventure.
Bonjour,
Je pratique un peu l’enluminure mais… en amateur !
Votre article sur l’élaboration, la démarche, vous ayant conduit à votre ouvrage pour l’obtention de votre diplome m’a vivement intéressée. J’attends la suite avec impatience….
Les quelques autres « enlumineurs de France » que j’ai eu l’occasion de rencontrer ont eu des démarches beaucoup plus « classiques » !
A très bientôt pour la suite. Merci d’avance pour ce partage !
Marie-Andrée Vallade
Bonjour Marie-Andrée,
Merci pour votre retour, je suis heureuse que ma démarche vous plaise !
Je sais que c’est quelque chose que j’aurais aimé trouver sur internet au moment où j’ai débuté. Voilà pourquoi je partage mon expérience, en espérant qu’elle aide et inspire d’autres enlumineurs, qu’ils soient débutants, amateurs, ou non !
A très bientôt
Brunhild