Un an pour réaliser un manuscrit de toute pièce, de la première idée à la reliure. La semaine dernière, je vous présentais la manière dont j’avais réalisé le premier chapitre de ce manuscrit dans un style anglo-saxon. Aujourd’hui, je vous parle de l’étape suivante : celle du deuxième chapitre, consacré aux Terres Laukares.

Pour rappel, mon manuscrit a pour thème un monde que j’ai imaginé. J’ai en effet décidé d’utiliser pour sa réalisation un roman de Fantasy que j’écris. Et oui, car en plus d’être enlumineresse, je suis aussi autrice !
Mon cahier des charges est le suivant : choisir un ou deux styles de l’enluminure occidentale, calligraphier un texte court dans l’écriture du.des style.s choisi.s, inclure au moins quatre pleines pages.
Le but de mon manuscrit est donc de présenter les divinités que j’ai inventées pour mon histoire, avec leurs spécificités propres, comme on l’aurait fait au Moyen-Âge.
En théorie
L’idée était de représenter les dieux créateurs des cinq civilisations de mon histoire. La deuxième civilisation concernée est celle des Laukars.
Pour créer cette civilisation, je me suis librement inspirée des peuples germaniques et dans mon histoire, les Laukars sont nés sur un territoire sombre et froid. C’est pourquoi, l’élément dont ils ont eu le plus rapidement besoin pour survivre était le feu, qu’ils ont considéré comme sacré.
Ils ont donc associé leur divinité créatrice au feu, et lui ont donné le nom de Fadrall, le père de toutes choses.
Le but de ce deuxième chapitre était donc de représenter ce dieu du feu, dans un style que je voulais plutôt germanique.
En pratique
étape 1 : choisir le style
En pratique, je voulais trouver un lien logique entre la manière dont j’avais créée le dieu du feu et le style d’enluminure que j’allais lui associer. Etant donné que je me suis inspirée des peuples germaniques pour créer les Laukars, j’ai voulu utiliser une enluminure du nord-est de l’Europe. Il fallait également qu’elle ait un lien avec l’enluminure carolingienne.
J’ai donc choisi l’enluminure ottonienne.
étape 2 : la mise en page
Une fois le style arrêté, j’ai commencé à chercher des références dans les manuscrits ottoniens que je connaissais pour trouver mon inspiration et ma mise en page.
L’idée du feu restant bien ancrée dans mon esprit, un manuscrit en particulier m’a tapé dans l’œil. Comme les manuscrits anglo-saxons que j’avais consultés, il avait également ce principe de double pleine page en vis-à-vis, mais étant donné que je l’avais fait pour le chapitre précédent, le refaire pour celui-ci ne me dérangeait pas. En théorie.
J’allais donc représenter mon dieu du feu sur la page de gauche, une fois de plus en majesté. Et sur la page de droite, il faudrait que je trouve un nouveau mantra.
Pour celui-ci, j’ai cherché quels attributs le dieu du feu pouvait protéger les Laukars. Il y avait la chaleur, et la lumière. C’est cette dernière que j’ai décidé d’utiliser pour le mantra, qui donne « Sa lumière soit sur toi. » que j’ai traduit en m’inspirant de langues germaniques en « Hiss liist vakh opahal tu« .
Maintenant, pour respecter les caractéristiques ottoniennes, il me fallait des encadrements à double baguettes avec des motifs floraux luxuriants, des couleurs vives, des personnages, des lettres capitales, et beaucoup, beaucoup d’or.
Vous vous souvenez du feu ? Voilà pourquoi.
étape 3 : les références
Pour le personnage principal de ma pleine page, le dieu du feu, je me suis tournée vers l’Évangéliaire d’Otton Ier, (conservé à la Bayerische Staatsbibliotheck de Munich sous la cote Clm 4453).

Pour la composition générale de la pleine page et l’attitude des personnages secondaires, je me suis inspirée du Sacramentaire de Henri II (conservé à la Bayerische Staatsbibliotheck de Munich sous la cote SBS Clm 4456)

Concernant le reste des décors, je me suis tournée vers un manuscrit conservé à la bibliothèque du Vatican sous la cote ott.lat.74.

Pour la calligraphie et sa mise en page, je me suis tournée vers l’Évangéliaire de Henri II, conservés à la Bayerische Staatsbibliotheck sous la cote SBS Clm 4452

étape 4 : la palette de couleurs
La palette de couleurs m’a pas posé beaucoup de problèmes. En effet, vu que je devais représenter l’élément du feu, tout allait tourner autour du pourpre et d’autres couleurs chaudes comme le minium et l’ocre jaune. Seulement, il me fallait d’autres couleurs pour faire un peu de contraste. J’ai donc choisi le vert et le bleu, qui sont présents par touches.
J’ai réutilisé la combinaison pourpre/vert pour la lettrine côté calligraphie, et j’ai calligraphié à l’or les lettres qui en avaient besoin.
étape 5 : finalisation du projet
Après avoir étudié mes références, j’ai donc fait des croquis précis pour ma mise en page en travaillant chaque détail. Et du détail, il y en avait !
J’ai remplacé les motifs végétaux en rinceaux par des motifs en palmes, qui font aussi bien penser à des feuilles qu’à des flammes.
Et sur ma page de gauche, j’ai dû répartir les premières lettres de mon texte tout autour de l’encadrement.

Après quelques essais couleurs, et de pose de métaux, voilà le résultat.




A retenir
Voilà donc ce qu’il faut retenir de ce deuxième chapitre.
Pour coller au peuple laukar que j’avais créé et qui est inspiré des peuples germaniques, je me suis inspirée de l’enluminure ottonienne. J’ai donc utilisé :
- des encadrements à double baguettes et une très grosse quantité d’or
- des motifs floraux luxuriants rappelant les décors carolingiens
- des personnages aux postures figées
J’ai représenté ma divinité du feu en majesté sur ma page de gauche, et sur celle de droite, j’ai écrit une prière le concernant, que j’ai traduite dans la langue laukare.
Pour représenter l’élément du feu, dont ce dieu est le gardien, j’ai utilisé beaucoup d’or une palette principalement composée de pourpre et de couleurs chaudes, avec de petites exceptions pour faire un peu de contraste.
C’est tout pour aujourd’hui ! J’espère en tout cas que cette plongée dans mon processus créatif vous aura plu ! Si c’est le cas, likez cet article, partagez-le autour de vous et inscrivez-vous à la newsletter pour ne pas louper la suite de l’aventure.
Merci beaucoup pour ton partage, c’est très intéressant ! Très beau travail