Un an pour réaliser un manuscrit de toute pièce, de la première idée à la reliure. La semaine dernière, je vous présentais ce projet titanesque qui m’a permis de devenir enlumineur de France. Souvenez-vous : il s’agissait de réaliser un manuscrit de toutes pièces, selon les techniques médiévales, en un an. Aujourd’hui, je vous parle de la première étape de la réalisation de ce manuscrit : la carte.

Pour rappel, mon manuscrit a pour thème les divinités d’un monde que j’ai imaginé. J’ai en effet décidé d’utiliser pour sa réalisation un roman de Fantasy que j’écris.
Mon cahier des charges est le suivant : choisir un ou deux styles de l’enluminure occidentale, calligraphier un texte court dans l’écriture du.des style.s choisi.s, inclure au moins quatre pleines pages.
En théorie
A mes yeux, tout roman de Fantasy doit être accompagné d’une carte. J’en avais réalisé une pour mon roman, donc je ne partais pas de rien. Mais cette idée pourtant simple m’a compliqué la tâche pour plusieurs raisons.
La première complication
C’est la disponibilité des références. Car chaque élément de mon manuscrit doit avoir une référence historique.
La période que j’ai choisie pour mon projet est la période carolingienne, qui s’étend du début du IXe siècle à la fin du Xe siècle. Or, les premières cartes répertoriées dans des manuscrits datent du XIe ou XIIe siècle.
Que faire ?
J’ai dû m’adapter pour coller à la fois à mon projet et respecter le cahier des charges.
J’ai donc décidé d’étendre la période que j’allais traiter. Et plutôt que de choisir un ou deux styles d’enluminure distincts, j’ai choisi de traiter les styles qui avaient influencé, ou qui avaient été influencés par le style carolingien.
J’ai donc pu m’inspirer de manuscrits plus tardifs (majoritairement du XIe siècle), mais ayant un style et des caractéristiques ressemblant au carolingien.
Ainsi, j’ai trouvé une carte (dans le Beatus de Saint Sever) dont je me suis librement inspirée pour réaliser la mienne.

La deuxième complication
C’est la manière dont je voulais que la carte soit placée dans le manuscrit.
En effet, je ne voulais pas qu’elle soit à la suite, sur une simple page. Non. Je voulais qu’elle puisse ressortir du manuscrit, de manière à ce que ceux qui le liraient (hypothétiquement) puissent consulter la carte tout en feuilletant l’ouvrage.
La question a alors été de savoir si je faisais une carte libre, donc non reliée au reste de l’ouvrage, ou si je trouvais un moyen de rattacher ma carte à l’ouvrage de manière à la laisser dépasser. Ensuite, il fallait évidemment trouver des références à ces différentes idées, puis voir de quelle manière elles étaient réalisables avec mes moyens.
J’ai immédiatement repoussé l’idée d’une carte libre. Cela n’aurait pas été pratique.
Il fallait donc que je la rattache au reste du manuscrit, de manière à la laisser dépasser lors de la lecture, mais également à pouvoir la replier une fois la lecture terminée.
Il existe plusieurs manuscrits dans lesquels des pages sont cousues au reste de l’ouvrage. Seulement, j’avais peur que dans le temps, cela ne tienne pas.
J’ai donc opté pour la solution la plus simple : un morceau de parchemin plus grand, et simplement plié.
En pratique
J’ai donc pris comme base la carte que j’avais déjà dessinée pour mon roman et j’ai essayé de la rendre plus médiévale en m’inspirant de la carte trouvée dans le Beatus.
Une fois mes croquis généraux validés, j’ai travaillé ma mise en page.
Pour ne pas laisser dépasser ma carte toute seule, j’ai décidé de l’inclure dans une introduction où j’expose le concept général de mon roman, et où j’explique ce qui va suivre : la présentation des divinités. J’ai choisi de placer ma carte tout à gauche de mes pages, et de mettre le texte en dessous et sur sa droite.
Pour donner à cette intro un air carolingien, j’ai décidé d’entourer la carte et le texte de cadres. Puis, j’ai rédigé mon texte dans des écritures de l’époque, soit l’écriture rustique et la caroline. Une fois le tout validé, je suis passée aux essais de couleur.

Là, j’ai décidé que le cadre serait composé de baguettes d’or, d’argent et de pourpre.
Après quelques entraînements, il était temps de passer au propre, et voilà le résultat.

A retenir
Voilà donc ce qu’il faut retenir de cette expérience :
La réalisation de la carte m’a posé problème, car les manuscrits carolingien n’en contiennent pas. De plus, je voulais créer une carte consultable lors de la lecture du manuscrit.
Mais en étendant la période historique que je traitais, j’ai fini par trouver des manuscrit contenant des cartes et des idées pour faire en sorte qu’elles puissent être consultées.
J’ai donc pu réaliser une carte en accord avec mes attentes et qui respecte mon cahier des charges.

C’est tout pour cette semaine, j’espère que cet article vous aura plu. Si c’est le cas, partagez-le autour de vous, likez-le et abonnez-vous à ma newsletter pour ne pas louper les prochaines étapes de l’aventure !
Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine, où je vous parlerai du premier chapitre de mon manuscrit.
Bonjour Quelle belle création pleine d’imagination et très documentée. Hâte de connaître la suite.
Compliments amicaux.
Anne-Marie
Bonjour Anne-Marie, et merci pour ce retour et votre soutien !
J’espère que la suite vous plaira autant !